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Entretien avec le Provincial des jésuites d'Europe centrale

Ce 27 avril 2021, jour de la commémoration de saint Pierre Canisius qui marque cette année le 500e anniversaire de sa naissance, les jésuites fondent une nouvelle Province : la Province jésuite d'Europe centrale. Elle regroupe les jésuites de Suisse, d’Autriche, d’Allemagne et de Suède, de Lituanie et de Lettonie. Son Provincial, le premier de son histoire, est le Père Bernhard Bürgler sj, jésuite autrichien nommé le 31 juillet dernier par le Père Général à la saint Ignace. Dernier provincial d’Autriche originaire du Tyrol, il a suivi et participé depuis le début au processus de fondation de la nouvelle entité qui regroupe quelque 419 jésuite.

Qu’est-ce qui caractérise selon vous la nouvelle Province?

C’est une entité vaste et bigarrée. Elle regroupe six pays, plus d’une demi-douzaine de langues et différentes cultures. C’est un vrai trésor qui comporte son lot de défis. Le besoin de créer cette nouvelle province n’est pas seulement du à la diminution du nombre de jésuites en Europe. Elle vise aussi à ce que nous puissions mener nos actions dans des conditions optimales. Les temps ont changé et les situations évoluent sans cesse. Nous devons nous adapter et adapter nos structures pour remplir au mieux remplir notre mission de proclamation de l'Évangile. Cela passe par une intensification des collaborations transfrontalières et la création de synergies. Il est important de s'assurer que les jésuites soient déployés en fonction de leurs charismes. Nous sommes convaincus qu'une plus grande province offre une structure plus adaptée à cet égard. Nous devons être et rester présents, pertinents et efficaces.

Il ne s'agit donc pas seulement d'un acte purement administratif?

Les fondateurs de la Compagnie de Jésus, Ignace de Loyola et ses premiers compagnons, voulaient une communauté ouverte sur le monde. Ils étaient eux-mêmes issus de différentes nations et avaient un objectif commun : porter le message de Jésus dans monde entier. À une époque où les tendances nationalistes semblent s'accentuer, il est important de marcher à contre-courant. Il est important de soutenir les forces qui regardent et pensent au-delà de leur propre nation, celles qui contribuent à la compréhension mutuelle et à la réconciliation. Nous voulons y contribuer par la fondation de la Province d’Europe centrale. Nous sommes liés et appartenons à la même famille.

Le processus a débuté il y a dix ans. Dès 2017, vous être entré dans la phase de planification concrète… Comment peut-on concevoir un tel processus?

Le processus a commencé par une réflexion dans toutes les provinces d’Europe. La question était de déterminer qui était prêt à s'engager dans un processus d’alliance et avec qui. Au fil du temps, il est apparu que les quatre provinces, l'Allemagne, l'Autriche, la Suisse et la Lituanie/Lettonie, souhaitaient suivre une voie commune. Trois aspects étaient alors passionnants dans ce processus.

Trois aspects étaient enthousiasmants dans ce processus. Tout d'abord, il s’agissait d'envisager cette étape comme une fondation, et non comme une simple fusion. Ensuite, nous avons choisi de favoriser un modèle organisationnel qui différencie différentes couches et qui place au centre la raison d'être de l'organisation, ce pour quoi elle existe en premier lieu. Ensuite, nous avons choisi de favoriser un modèle organisationnel qui fait la distinction entre différents niveaux de priorité et qui place au centre la raison d'être de l'organisation, ce pour quoi elle existe en premier lieu. Autrement dit, ce pour quoi nous existons en tant que jésuites a été la boussole de notre approche et de la conception des nouvelles structures. Enfin, nous avons considéré le processus comme un processus spirituel. Nous avons cherché à nous écouter les uns les autres et à rechercher ensemble ce qui était le plus conforme à la volonté de Dieu.

Qu'est-ce qui vous a le plus surpris au cours des procédures de préparation?

J'ai été surpris et heureux de voir à quel point les choses se sont mises en place dans la nouvelle province. De nombreux confrères et de nombreuses collaboratrice et de nombreux collaborateurs travaillent pour le Royaume de Dieu avec beaucoup de compétence et d'engagement. Nous pouvons profiter les uns des autres, mais aussi apprendre les uns des autres. Nous pouvons nous fertiliser mutuellement.

Pourquoi Pierre Canisius est-il le saint patron de la nouvelle Province? Que pouvons-nous encore apprendre de lui aujourd'hui?

Il s'est embrasé pour la cause de Jésus portant en lui  un feu ardant propre à enflammer tous les cœurs. Il était souvent en route, approchant les riches comme les pauvres, les influents comme les insignifiants, lest croyants comme les non-croyants. Il a engagé la discussion, les a écoutés et a partagé avec eux ce qui était important pour lui. Il était novateur et faisait preuve d’une grande persévérance. Persevera! écrivait-il dans un de ses cahiers lorsqu'il était encore étudiant. La persévérance est devenue la devise de sa vie. Il me semble important de s’en inspirer dans la mise ne place de notre nouvelle province.

Quels sont les défis que vous devez relever aujourd'hui ?

Nous devons grandir comme un seul homme. Nous devons nous rassembler, malgré toute notre diversité, qui est aussi notre richesse. Nous sommes de moins en moins nombreux, nous ne serons donc pas épargnés par la nécessité de nous restructurer dans le bon sens du terme. J'espère toutefois que cela nous permettra aussi de mieux nous faire connaître et de créer un espace pour lancer de nombreuses nouvelles activités. Je serais heureux de voir émerger des initiatives innovantes, notamment dans le domaine de la protection de la Création. Les préférences apostoliques universelles de l'ensemble de la Compagnie sont pour nous une ligne directrice efficace et utile.

Qu'est-ce que vous attendez en particulier?

Je me réjouis de parcourir progressivement les différents pays qui font partie de la Province, de connaître les lieux où nous travaillons, d'entrer en contact avec les gens sur place, les confrères et les nombreuses collaboratrices et collaborateurs. J'espère que cela sera bientôt possible

 

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